Pourquoi deux cuisines de même dimension peuvent-elles aller du simple au décuple ?
Trois éléments expliquent l’essentiel de l’écart, et un seul concerne les meubles. Le premier est le périmètre : une pose seule sur des meubles que vous fournissez suppose des réseaux en place et une implantation inchangée, et se règle en quelques jours. Dès qu’il faut déposer l’ancienne cuisine, déplacer l’évier, reprendre l’électricité et refaire le sol, on change de chantier — pas de tarif.
Le deuxième est la qualité de fabrication du mobilier, qui se juge sur des détails invisibles en showroom : caisson en panneau de 16 ou de 19 mm, fond encastré ou simplement agrafé, tiroirs sur coulisses à sortie totale et frein, charnières de marque réglables en trois dimensions. C’est cette différence, bien plus que la couleur des façades, qui sépare une cuisine qui tient dix ans d’une cuisine dont les tiroirs frottent au bout de deux ans. Nos poses intègrent de la quincaillerie de marque reconnue, et nous vous disons franchement quand un mobilier que vous avez choisi ne mérite pas le coût de pose.
Le troisième est le plan de travail. Un stratifié se pose dans la journée ; un quartz ou un granit se relève sur place au gabarit, se découpe en atelier et se livre une à deux semaines plus tard, avec un écart considérable selon la matière, l’épaisseur, le nombre de découpes et le type de chant. Un évier sous plan, un égouttoir gravé, un bec de plan de travail retombant sur un îlot : chacun de ces choix se paie et s’anticipe.
Peut-on déplacer l’évier, la plaque ou le lave-vaisselle ?
L’alimentation en eau se déplace presque toujours : on tire une nouvelle arrivée en multicouche ou en PER dans une cloison, un doublage ou une plinthe technique. La contrainte réelle porte sur l’évacuation, qui fonctionne par gravité. Le DTU 60.11 retient une pente comprise entre 1 et 3 cm par mètre pour un collecteur horizontal ; à moins de 1 cm par mètre, les eaux grasses stagnent et le siphon se bouche. Concrètement, déplacer un évier de deux mètres coûte quelques centimètres de hauteur sous meuble, ce qui passe presque toujours ; le déplacer de six mètres à l’opposé de la colonne suppose souvent une pompe de relevage, un équipement qui fait du bruit et se remplace.
Pour la plaque et le four, la question est électrique. La NF C 15-100 impose un circuit spécialisé pour la plaque de cuisson, un autre pour le four, et des circuits dédiés au lave-vaisselle et au lave-linge. Une cuisine équipée moderne consomme facilement plus que le reste du logement : nous établissons un bilan de puissance avant de valider l’implantation, et nous vérifions que le tableau dispose des rangées libres nécessaires. Une plaque à induction en triphasé ou en monophasé ne se câble pas de la même façon.
Reste la ventilation, souvent oubliée. La cuisine est une pièce de service au sens de l’arrêté du 24 mars 1982 : elle doit être extraite en permanence, avec un débit minimal croissant selon le nombre de pièces principales du logement. Une hotte à recyclage ne remplace pas cette extraction, et raccorder une hotte à extraction sur la bouche de VMC est en principe interdit — les graisses encrassent le réseau et la surpression déséquilibre le tirage de tout l’immeuble.
Quelles erreurs coûtent le plus cher dans une cuisine ?
Commander le mobilier avant d’avoir fait relever la pièce. Les plans de cuisinistes sont dessinés sur des cotes déclarées par le client, murs supposés d’équerre. Dans un logement ancien, un mur de trois mètres présente couramment un écart de deux à trois centimètres entre le haut et le bas : le linéaire commandé ne rentre pas, ou rentre en laissant un jour visible. Nous relevons au laser avant commande, et nous prévoyons systématiquement un fileur latéral pour absorber le faux aplomb.
Sous-dimensionner l’éclairage. Un plafonnier central place systématiquement le cuisinier dans son ombre. Il faut un éclairage de plan de travail sous les meubles hauts, un éclairage général et, si possible, deux circuits distincts. Ajouter un réglette LED après la pose de la crédence coûte trois fois le prix de l’avoir posée au bon moment.
Enfin, oublier ce qui se passe pendant les travaux. Une cuisine hors service, c’est deux à trois semaines sans cuisiner. Nous laissons volontiers un point d’eau et une prise en service dans une pièce voisine, et nous conseillons de prévoir un réchaud et un micro-ondes provisoires : c’est trivial, et c’est ce qui rend le chantier vivable.
Comment se passe le chantier, semaine par semaine ?
Deux à trois semaines en moyenne. Les trois premiers jours sont consacrés à la dépose de l’ancienne cuisine, à l’évacuation et à la reprise des réseaux : c’est la phase bruyante, avec saignées et perforations. Suivent cinq jours environ de plâtrerie, de sol et de peinture, indispensables parce qu’on ne rattrape pas un mur derrière un meuble déjà posé. La pose du mobilier occupe deux à trois jours, et la mise en service une demi-journée.
Le point de tension du planning est le plan de travail sur mesure : il ne se relève qu’une fois les meubles bas posés et de niveau, puis se fabrique en huit à douze jours. C’est incompressible, et c’est la raison pour laquelle une cuisine se livre rarement en une semaine. Nous posons alors un plan provisoire si vous devez utiliser la pièce, et nous programmons la pose définitive à date fixe.